L'impératif et le conditionnel présent
« je viendrai » et « je viendrais ». Une lettre d'écart, et deux choses très différentes : dans un cas je viens, dans l'autre je viendrais si je pouvais. Un « s » peut porter tout un mode.
À quoi ça sert ?
Ces deux modes décident du ton d'une phrase. Une recette, une notice, une consigne d'exercice, un panneau : tout est à l'impératif — « mélangez », « appuyez », « souligne le verbe ». Et dès qu'il s'agit de demander quelque chose à quelqu'un, le conditionnel remplace l'impératif pour adoucir : « Donne-moi ce livre » devient « Je voudrais ce livre », « Pourriez-vous m'aider ? ». Savoir passer de l'un à l'autre, c'est savoir choisir entre exiger et demander.
Un peu d'histoire
Le conditionnel est le petit frère du futur, et ils sont nés de la même façon. En latin populaire, « je chanterai » se disait « cantare habeo » — « j'ai à chanter ». Et « je chanterais » se disait « cantare habebam » — « j'AVAIS à chanter ». Le même verbe avoir, une fois au présent, une fois à l'imparfait. Voilà pourquoi le conditionnel porte le « r » du futur et se termine comme un imparfait : ce n'est pas une bizarrerie, c'est sa naissance.
Définition
Un mode dit la façon dont on présente l'action. L'indicatif la donne pour vraie ; l'impératif présent la demande — c'est un ordre ou un conseil, il n'a que trois personnes et jamais de pronom sujet ; le conditionnel présent la donne comme possible, sous condition. Le conditionnel se fabrique en collant deux morceaux déjà connus : le radical du futur, avec son « r », et les terminaisons de l'imparfait.
Propriétés
L'impératif donne un ordre
« Ferme la porte. » On ne raconte pas, on demande — et le sujet ne s'écrit pas.
Il n'a que trois personnes
La 2e du singulier, la 1re et la 2e du pluriel. Pas de « je », pas de « il », pas de « ils ».
Les verbes en -er ne prennent pas de « s »
« Range ! », « Mange ! », « Va ! » — sauf devant « en » ou « y » : « Manges-en ! ».
Le conditionnel dit ce qui SERAIT
« Si j'avais le temps… » : la condition d'abord, le conditionnel ensuite.
Le « r » du futur, la fin de l'imparfait
C'est la marque du conditionnel : deux morceaux empruntés, collés l'un derrière l'autre.
Un « s » sépare les deux
« je viendrai » aura lieu ; « je viendrais » aurait lieu. Rien d'autre ne change.
La formule
La fabrication du conditionnel présent.
radical du futur + terminaisons de l'imparfait
Je pars du futur : « je chanterai », donc le radical est « chanter- », avec son « r ». Je remplace la fin par celle de l'imparfait : -ais, -ais, -ait, -ions, -iez, -aient. J'obtiens « je chanterais ». Et le test qui tranche à coup sûr : mets « nous ». « nous chanterons » ? c'était le futur. « nous chanterions » ? c'était le conditionnel.
1. Je regarde s'il y a un sujet
Pas de pronom devant le verbe, et une demande : c'est l'impératif.
2. Je cherche le « r » du futur
Un « r » avant la terminaison : je suis au futur ou au conditionnel, pas ailleurs.
3. Je remplace par « nous »
« nous viendrons » ? c'était le futur. « nous viendrions » ? c'était le conditionnel.
Selon ce que l'on cherche
Donner un ordre
« Range ton cartable ! », « Fais tes devoirs. » — impératif, sans pronom sujet.
Donner un conseil
« Soyez prudents ! » : le même mode, mais on protège au lieu d'exiger.
Poser une condition
« Si j'avais le temps, je viendrais. » — l'imparfait pose, le conditionnel conclut.
Exemples corrigés
Reconnaître un impératif
« Ferme la porte. »
À quel mode est ce verbe, et à quoi le voit-on ?
À l'impératif présent. Deux indices, et ils vont ensemble : le verbe demande quelque chose, et il n'a pas de sujet écrit. « Tu fermes la porte » serait un présent de l'indicatif, qui raconte ; « Ferme la porte » est un ordre.
L'impératif des verbes en -er
« ___ ton cartable ! » (ranger, 2e personne du singulier)
Écrit-on « Range » ou « Ranges » ?
« Range », sans « s ». À l'impératif, les verbes du premier groupe perdent le « s » de la 2e personne du singulier — alors qu'au présent on écrit « tu ranges ». Le « s » ne revient que devant « en » ou « y » : « Manges-en ! ». Les autres verbes, eux, le gardent : « Fais tes devoirs. »
Le conditionnel après une condition
« Si j'avais le temps, je ___ avec toi. » (venir)
Quelle forme faut-il ?
« viendrais ». La première partie de la phrase pose une condition à l'imparfait — « si j'avais » —, donc la seconde se met au conditionnel présent. « je viendrai », au futur, dirait que je viens pour de bon : or rien n'est certain ici, tout dépend du temps que j'aurai.
La marque du conditionnel
« Nous ___ partir plus tôt. » (aimer)
Entre « aimerons », « aimions » et « aimerions », laquelle est au conditionnel ?
« aimerions ». « aimerons » n'a que le « r » du futur ; « aimions » n'a que la fin de l'imparfait ; « aimerions » a les deux, et c'est exactement cela, le conditionnel. Le mot est plus long parce qu'il porte deux marques au lieu d'une.
Le défi
« Si j'avais le temps, je ___ ce livre. » (lire)
À quel mode faut-il conjuguer, et pourquoi ?
« je lirais », au conditionnel présent. Le « si » suivi d'un imparfait annonce une condition, et la conséquence se met au conditionnel. On le fabrique avec le radical du futur, « lir- », et la terminaison d'imparfait « -ais ». « lirai » serait le futur, « lisais » l'imparfait : aucun des deux ne dit une condition.
Pièges à éviter
- Écrire « Ranges ta chambre ! » : à l'impératif, les verbes en -er ne prennent pas de « s » à la 2e personne du singulier. On écrit « Range », « Mange », « Va ». Le « s » ne revient que devant « en » ou « y » : « Manges-en ! ».
- Mettre un pronom sujet devant un impératif : « Tu viens ! » est un présent de l'indicatif, pas un ordre. « Viens ! » est l'impératif — c'est justement l'absence de sujet qui le signale.
- Confondre « je viendrai » et « je viendrais » : un « s » sépare ce qui aura lieu de ce qui aurait lieu. Le test : remplace par « nous » — « nous viendrons » (futur) ou « nous viendrions » (conditionnel).
- Chercher six personnes à l'impératif : il n'en a que trois — la 2e du singulier, la 1re et la 2e du pluriel. On ne donne un ordre ni à soi seul, ni à quelqu'un d'absent.
À retenir
- L'impératif présent donne un ordre ou un conseil : il n'a que trois personnes et ne s'écrit jamais avec un pronom sujet.
- Le conditionnel présent dit ce qui se passerait sous condition : radical du futur + terminaisons de l'imparfait.
- « je viendrai » est au futur, « je viendrais » au conditionnel : un seul « s » les sépare.
Je m'entraîne
1. « Ferme la porte. » Ce verbe est à quel mode ?
Voir la correction
À l'impératif présent. Il donne un ordre et se conjugue sans sujet exprimé — c'est ce qui le distingue du présent de l'indicatif.
2. « ___ prudents ! » (être, impératif, 2e personne du pluriel)
Voir la correction
« Soyez ». Le verbe être a un impératif à lui : sois, soyons, soyez. Ni « Soyer », qui n'existe pas, ni « Êtes », qui est l'indicatif.
3. Combien de personnes l'impératif présent a-t-il ?
Voir la correction
Trois : la 2e du singulier, la 1re et la 2e du pluriel. Rien d'autre — on ne donne un ordre ni à soi seul, ni à quelqu'un qui n'est pas là.
4. Comment reconnaître le conditionnel présent à sa terminaison ?
Voir la correction
Il joint le « r » du futur aux terminaisons de l'imparfait : je chante-R-ais. Le « r », puis « -ais ». Deux marques, et non une seule.
5. Quelle différence entre « je viendrai » et « je viendrais » ?
Voir la correction
« viendrai » est au futur — je viens, c'est prévu. « viendrais » est au conditionnel — je viendrais si quelque chose le permettait. Un « s » sépare ce qui aura lieu de ce qui aurait lieu.
📚 Révise cette fiche en flashcards
Connecte-toi pour retourner cette fiche en cartes de rappel actif — et garder ta progression.
Se connecter