Un peu de maths · La rubrique du prof
Plus j'avance, plus ma vitesse augmente
Tout est parti d'un dessin au stylo sur une feuille à carreaux : deux courbes en miroir autour d'un axe. L'intuition derrière : il existe une courbe dont la pente est égale à sa propre hauteur — f' = f. Autrement dit, ta vitesse est proportionnelle à ce que tu as déjà parcouru. Au début, ça paraît plat, on dirait que rien ne bouge : c'est faux — ta vitesse, elle, n'a jamais cessé de grandir. Et la même loi, dans l'autre sens, décrit ce qui s'efface quand on ne le recharge pas — la courbe de l'oubli. Deux visages d'une seule règle. Ni l'un ni l'autre n'est tombé du ciel.
🌱 La montée — plus j'avance, plus j'accélère
ici, tu montes 3,58× plus vite qu'au départ
Ta vitesse n'est pas fixe : elle vaut toujours ta hauteur du moment. Plus tu sais, plus vite tu apprends la suite — le chemin se creuse tout seul.
Même un petit élan finit par tout emporter : c'est le sens de la courbe. Le début modeste ne dit RIEN de là où elle mène.
🍂 La descente — la courbe de l'oubli (et comment la relancer)
La même loi, retournée : ce que tu apprends s'efface toujours de la même fraction — moitié, puis moitié de la moitié… jamais tout à fait zéro. Oublier n'est pas un échec, c'est une loi. Mais chaque révision relance la courbe à fond — et, à chaque fois, elle redescend moins vite. Règle le jour, puis clique « ✏️ je révise ».
il te reste 25,6 %
Sans réviser, la moitié part en 1,52 jours. Clique « je révise » et regarde la courbe repartir vers le haut.
Les maths de la machine — la fonction qui est sa propre vitesse
Une seule idée commande tout : f' = k·f. La vitesse à laquelle quelque chose change est proportionnelle à ce qu'il y a déjà. Si k > 0, plus il y en a, plus ça monte vite → l'emballement, e^(kt). Si k < 0, moins il en reste, moins ça descend vite → l'effacement, e^(−kt). Les deux courbes sont l'image l'une de l'autre dans un miroir : c'est la même loi, changée de signe.
Côté descente, ce « toujours la même fraction » donne une demi-vie constante : le temps pour tomber à la moitié ne dépend pas d'où on part. 100 % → 50 % → 25 % → 12,5 %… on s'approche de zéro sans jamais l'atteindre. C'est vrai pour un noyau radioactif, un cari qui refroidit (loi de Newton) ou un souvenir qu'on ne rafraîchit pas (la courbe de l'oubli d'Ebbinghaus). Le nombre qui gouverne tout ça, e ≈ 2,718, est exactement celui dont la courbe est, en chaque point, sa propre pente.
À quoi ça sert ? — dans ta vie, et dans tes révisions
- 🎓 Pour tes révisions. Ce que tu apprends aujourd'hui, tu en auras oublié la moitié dans quelques jours — c'est mathématique, pas personnel. La parade n'est pas de travailler plus longtemps d'un coup, mais de revoir un peu, plusieurs fois, en espaçant. Chaque passage aplatit la courbe. Un mauvais jour n'efface pas tout : il suffit de recharger.
- 📈 Pour ne pas lâcher au début. Beaucoup abandonnent dans la partie plate de la montée, en croyant qu'elle sera toujours plate. Or ce qui compte, ce n'est pas où tu es, c'est ta pente — et elle grimpe. Le décollage n'est pas un miracle : c'est tout le plat d'avant qui te propulse.
- 🦠 Une épidémie. Chaque personne en contamine d'autres, qui en contaminent d'autres : la même montée qui s'emballe (le R₀). C'est le cousin direct de la machine des epsilons — un petit départ, un infini au bout.
- 🌋 La lave de la Fournaise. Une coulée fraîche refroidit vite quand elle est brûlante, puis de plus en plus lentement — l'écart avec l'air extérieur fond de moitié, encore et encore. Le même refroidissement que ton cari sur la table (le défi 5).
- ☢️ Dater le passé. Le carbone 14 d'un vieux bois ou d'un os disparaît par demi-vies régulières : en comptant ce qu'il en reste, on lit l'âge d'un objet vieux de milliers d'années. Une décroissance exponentielle transformée en horloge.
Un peu d'histoire — le nombre qui se dérive lui-même
Leonhard Euler (XVIIIᵉ) donne son nom au nombre e ≈ 2,718 : la base de la seule courbe qui est, partout, sa propre pente. Isaac Newton, lui, remarque qu'un corps chaud se refroidit d'autant plus vite qu'il est loin de la température ambiante — sa fameuse loi du refroidissement, une exponentielle qui descend.
En 1885, le psychologue Hermann Ebbinghaus fait une chose folle : il apprend des listes de syllabes sans queue ni tête et mesure, sur lui-même, à quelle vitesse il les oublie. Il en tire la première courbe de l'oubli — exponentielle, elle aussi — et découvre que revoir à intervalles espacés la relève chaque fois un peu plus haut. C'est très exactement la machine du dessus : la science des révisions, née d'un homme qui s'est pris pour son propre cobaye.
🎯 Les défis de l'exponentielle
Coup de pouce : sur la montée, lis le « ×… plus vite » ; sur la descente, chaque demi-vie coupe en deux.
Défi 1
LA MONTÉE. Un truc grandit de 10 % à chaque étape. En combien d'étapes double-t-il, à peu près ? (règle des 70 : 70 ÷ le pourcentage)
Voir le calcul
70 ÷ 10 = 7 étapes pour doubler. À +10 % par étape, on double en ~7 coups.
Défi 2
LA DESCENTE. Un souvenir perd la MOITIÉ de sa force tous les 3 jours. Après 6 jours (sans réviser), quelle fraction reste-t-il ? (en %)
Voir le calcul
100 % → (3 j) 50 % → (6 j) 25 %. Deux demi-vies, deux moitiés.
Défi 3
Toujours la descente : après TROIS demi-vies, combien reste-t-il de la force de départ ? (en %)
Voir le calcul
100 % → 50 % → 25 % → 12,5 %. Jamais tout à fait zéro : c'est ça, l'exponentielle.
Défi 4
Le carbone 14 perd sa moitié tous les 5 700 ans (sa demi-vie). Un vieil os n'en contient plus que le QUART. Combien de demi-vies se sont écoulées ?
Voir le calcul
Entier → 1/2 → 1/4 : deux demi-vies, soit environ 11 400 ans. C'est la datation au carbone 14.
Défi 5
Un cari sort de la marmite à 90 °C, la cuisine est à 30 °C. L'ÉCART (60 °C) fond de moitié toutes les 15 min (loi de Newton). Quelle température fait le cari après 30 min ?
Voir le calcul
Écart 60 → (15 min) 30 → (30 min) 15. Cari = 30 + 15 = 45 °C. C'est l'écart qui décroît en exponentielle, pas la température.
Tu as compris ? À toi de t'entraîner :
🧮 Entraîne-toi avec le Coach Maths →Machine pédagogique : les durées et la vitesse d'oubli sont illustratives (la vraie courbe d'Ebbinghaus dépend de chacun et de ce qu'on apprend). L'idée, elle, est solide — croissance et décroissance suivent la même loi f' = k·f, et l'espacement des rappels aplatit l'oubli. Née d'un dessin au stylo sur une feuille à carreaux, comme la courbe en cloche.