Attribut du sujet et compléments du verbe
Deux phrases se ressemblent : « Le lagon est calme » et « Tom regarde la mer ». Même place, même longueur — et pourtant deux fonctions différentes. Ce qui décide, c'est le verbe.
À quoi ça sert ?
C'est ce qui décide de l'orthographe quand on écrit. « Les letchis sont mûrs » prend un « s » à « mûrs » parce que c'est un attribut, accordé avec le sujet ; « Léa mange des mangues » n'accorde rien du tout. Et dans une consigne d'exercice — « à partir du document, expliquez pourquoi… » —, savoir ce qui complète le verbe, c'est savoir ce qu'on vous demande de faire.
Un peu d'histoire
Le mot « attribut » vient du latin attribuere : « donner en partage, assigner ». Un attribut, c'est donc une qualité qu'on donne au sujet — le nom dit exactement ce que fait la fonction. « Complément », lui, vient de complere : « remplir ». L'un attribue, l'autre remplit : deux gestes différents, deux mots différents, depuis deux mille ans.
Définition
Après le verbe, un groupe peut avoir trois rôles très différents. Si le verbe est un verbe d'état (être, paraître, sembler, devenir, rester), le groupe dit ce QU'EST le sujet : c'est un attribut du sujet. Si le verbe est un verbe d'action, le groupe dit sur QUOI porte l'action : c'est un complément d'objet — direct sans préposition, indirect avec. Et un groupe qui se déplace et se supprime sans casser la phrase n'appartient pas au verbe : c'est un complément circonstanciel.
Propriétés
Le verbe décide
Après un verbe d'état, le groupe dit ce qu'est le sujet : c'est un attribut, jamais un complément d'objet.
L'attribut s'accorde avec le sujet
C'est la preuve qu'on peut montrer : un complément d'objet, lui, ne s'accorde avec rien.
Direct ou indirect ?
Rien entre le verbe et le groupe : direct. Une préposition (« à », « de ») s'intercale : indirect.
Le circonstanciel se déplace
Il se déplace et se supprime sans casser la phrase, parce qu'il n'appartient pas au verbe.
La formule
Le test qui tranche entre l'attribut et le complément d'objet.
sujet = groupe qui suit ?
On demande si les deux désignent le même être. « Le lagon est calme » : le calme, c'est le lagon — attribut. « Tom regarde la mer » : la mer, ce n'est pas Tom — complément d'objet. Le test marche même quand on ne reconnaît pas le verbe.
1. Je regarde le verbe
Verbe d'état (être, paraître, sembler, devenir, rester) : ce qui suit est un attribut. Sinon, je continue.
2. Je pose la question au verbe
« quoi ? » sans petit mot : COD. « à qui ? », « de quoi ? » avec une préposition : COI.
3. J'essaie de déplacer et de supprimer
Si le groupe se déplace et se supprime sans casser la phrase, c'est un complément circonstanciel.
Selon ce que l'on cherche
Dire QUAND
Le complément circonstanciel de temps répond à « quand ? » et se déplace.
Dire OÙ
Celui de lieu répond à « où ? » — ici, sous le tamarin de la cour.
Dire POURQUOI
Celui de cause répond à « pourquoi ? » et s'introduit souvent par « à cause de », « parce que ».
Exemples corrigés
Attribut ou complément d'objet ?
« Le lagon est calme. » puis « Tom regarde la mer. »
Quelle est la fonction du groupe qui suit le verbe, dans chaque phrase ?
Dans la première, « est » est un verbe d'état et « calme » désigne le lagon lui-même : c'est un attribut du sujet. Dans la seconde, « regarde » est un verbe d'action et « la mer » n'est pas Tom : c'est un complément d'objet direct. Même place dans la phrase, deux fonctions — c'est le verbe qui a tranché.
La preuve par l'accord
« Les letchis sont mûrs. »
Pourquoi « mûrs » prend-il un « s » ?
Parce que c'est un attribut du sujet : il s'accorde avec « les letchis », masculin pluriel. Si l'on écrivait « Léa mange des letchis », « letchis » serait un COD et rien ne s'accorderait. L'accord est le test le plus sûr entre les deux.
Direct et indirect dans la même phrase
« Elle offre un cadeau à son frère. »
Quels sont les deux compléments d'objet, et lequel est indirect ?
On pose les deux questions au verbe. « Elle offre quoi ? » un cadeau : complément d'objet direct, rien ne s'intercale. « Elle offre à qui ? » à son frère : complément d'objet indirect, la préposition « à » est là. Le verbe « offrir » se construit avec les deux.
Un groupe qui ne tient pas au verbe
« Ils se sont abrités sous le tamarin. »
« sous le tamarin » est-il un complément d'objet ?
Non. On le déplace : « Sous le tamarin, ils se sont abrités » — la phrase tient. On le supprime : « Ils se sont abrités » — elle tient encore. Un complément d'objet ne supporte ni l'un ni l'autre. C'est donc un complément circonstanciel, ici de lieu.
Le défi
« Le samedi, les enfants jouent sur la plage. »
Combien y a-t-il de compléments circonstanciels, et y a-t-il un complément d'objet ?
Deux compléments circonstanciels : « Le samedi » (quand ?) et « sur la plage » (où ?) — les deux se déplacent et se suppriment. Et aucun complément d'objet : le verbe « jouer » n'en demande pas ici. Compter les groupes après le verbe ne suffit donc pas ; il faut les tester un par un.
Pièges à éviter
- Croire que tout ce qui suit le verbe est un complément d'objet : après un verbe d'état (être, paraître, sembler, devenir, rester), c'est un attribut du sujet.
- Oublier la préposition : dans « Léa parle à sa grand-mère », le complément est indirect. Sans le « à », on n'aurait pas la même fonction.
- Déplacer un complément d'objet : « Une mangue, Léa mange » ne se dit pas. Seul le circonstanciel se déplace.
- Confondre l'attribut et le COD sur l'accord : l'attribut s'accorde avec le sujet (« les letchis sont mûrs »), un COD ne s'accorde avec rien.
À retenir
- C'est le VERBE qui décide : un verbe d'état appelle un attribut, un verbe d'action un complément d'objet.
- Le complément d'objet est direct sans préposition, indirect avec (« à », « de »).
- Le complément circonstanciel se déplace et se supprime ; le complément d'objet, non.
Je m'entraîne
1. « Il est pêcheur. » Quelle est la fonction de « pêcheur » ?
Voir la correction
Attribut du sujet. « être » est un verbe d'état, et « pêcheur » dit ce qu'EST « il » : les deux désignent la même personne.
2. « Elle est devenue maîtresse. » Pourquoi n'est-ce pas un complément d'objet ?
Voir la correction
Parce que « devenir » est un verbe d'état. « maîtresse » ne subit aucune action : c'est ce qu'elle est devenue. C'est un attribut du sujet, accordé au féminin avec « elle ».
3. « Léa parle à sa grand-mère. » Le complément est-il direct ou indirect ?
Voir la correction
Indirect. La préposition « à » s'intercale entre le verbe et le groupe. On pose « parle à qui ? » et non « parle quoi ? ».
4. « Depuis trois jours, il souffle un vent fort. » Quelle est la fonction de « Depuis trois jours » ?
Voir la correction
Complément circonstanciel de temps. Il répond à « quand ? », il se déplace en fin de phrase et il se supprime sans que la phrase s'écroule.
5. Défi : « Le samedi, les enfants jouent sur la plage. » Combien de compléments circonstanciels ?
Voir la correction
Deux : « Le samedi » (temps) et « sur la plage » (lieu). Aucun complément d'objet — le verbe « jouer » n'en porte pas dans cette phrase.
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