Se repérer dans la phrase complexe
« Le vent souffle et la pluie tombe. » Deux verbes conjugués : deux propositions. Reste à savoir ce que le petit mot du milieu leur fait — car il ne les traite pas toutes de la même façon.
À quoi ça sert ?
C'est ce qui permet de lire une phrase longue sans se perdre. Dans un texte documentaire ou une consigne d'examen, la phrase fait souvent trois lignes : trouver les verbes conjugués, c'est trouver les articulations, et donc comprendre quelle information dépend de quelle autre. Et à l'écrit, c'est ce qui fait la différence entre une suite de phrases courtes et un texte qui se tient : coordonner ou subordonner, c'est choisir ce qu'on met en avant.
Un peu d'histoire
« Subordonné » vient du latin sub, « sous », et ordinare, « mettre en ordre » : ce qui est placé sous un autre. « Coordonné » vient du même verbe, avec cum, « avec » : mis en ordre AVEC, donc à côté, sur le même rang. Les deux mots disent, à eux seuls, toute la différence — l'un met sous, l'autre met à côté. Les grammairiens latins avaient déjà choisi le vocabulaire qui explique la règle.
Définition
Une proposition est un morceau de phrase organisé autour d'un verbe conjugué. Une phrase qui n'en contient qu'une est une phrase simple ; une phrase qui en contient plusieurs est une phrase complexe. Ces propositions se relient de trois façons : par une simple virgule — elles sont juxtaposées ; par un mot de coordination (et, mais, ou, donc, or, ni, car) — elles sont coordonnées ; par un mot de subordination (quand, parce que, si, que) — l'une devient alors dépendante de l'autre, et on l'appelle proposition subordonnée.
Propriétés
Un verbe conjugué, une proposition
On compte les verbes conjugués : un seul, la phrase est simple ; plusieurs, elle est complexe.
Les virgules ne comptent pas
Une phrase peut porter deux virgules et une seule proposition : c'est le verbe qui décide, pas la ponctuation.
Juxtaposées : rien entre elles
Une virgule, un point-virgule, et aucun mot de liaison : les propositions sont simplement posées côte à côte.
Coordonnées : à égalité
Un mot de coordination les relie sans que l'une dépende de l'autre : chacune pourrait vivre seule.
Subordonnées : l'une dépend de l'autre
Un mot de subordination soumet une proposition à la principale : seule, elle ne veut rien dire.
La formule
Le test qui distingue la coordination de la subordination.
puis-je la dire toute seule ?
On isole la seconde proposition et on la prononce seule. « la pluie tombe » se dit — les propositions étaient coordonnées. « quand la pluie s'arrête » ne se dit pas seul, il manque quelque chose — elle était subordonnée. Le test ne demande pas de reconnaître le mot : il fait entendre la dépendance.
1. Je souligne les verbes conjugués
Autant de verbes conjugués, autant de propositions. L'infinitif ne compte pas.
2. Je regarde ce qu'il y a entre elles
Une virgule seule : juxtaposition. Un petit mot : je passe au troisième réflexe.
3. J'essaie de dire la seconde toute seule
Si elle tient debout, elles sont coordonnées. Si elle reste en suspens, elle est subordonnée.
Selon ce que l'on cherche
Mettre deux faits à égalité
« Le vent souffle et la pluie tombe » : la coordination les place sur le même rang.
Dire pourquoi
« Il rentre parce qu'il pleut » : la subordonnée porte la cause, la principale porte le fait.
Préciser de qui l'on parle
« Les enfants qui jouent rentrent tard » : la subordonnée se glisse dans la principale.
Exemples corrigés
Simple ou complexe ?
« Le vent souffle sur le lagon. » puis « Le vent souffle et la pluie tombe. »
Combien de propositions dans chaque phrase ?
La première n'a qu'un verbe conjugué, « souffle » : une proposition, donc une phrase simple — même si elle est longue. La seconde en a deux, « souffle » et « tombe » : deux propositions, donc une phrase complexe. Ce n'est jamais la longueur qui décide, c'est le nombre de verbes conjugués.
Le piège des virgules
« Le pêcheur, fatigué, rentra chez lui. »
Cette phrase est-elle complexe ?
Non. Elle porte deux virgules, mais un seul verbe conjugué : « rentra ». « fatigué » est un adjectif détaché, pas un verbe conjugué — il ne peut pas ouvrir une proposition. La phrase est simple.
Juxtaposées ou coordonnées ?
« Le vent souffle, la pluie tombe. » puis « Il pleut, mais nous sortons. »
Comment les propositions sont-elles reliées dans chaque phrase ?
Dans la première, rien ne les relie qu'une virgule : elles sont juxtaposées. Dans la seconde, le mot « mais » les relie : elles sont coordonnées. Dans les deux cas, chacune pourrait se dire seule — la juxtaposition et la coordination laissent les propositions à égalité.
Ce que fait un mot de subordination
« Je pense que tu as raison. »
Quel est le rôle du mot « que » ?
Il subordonne : il soumet « tu as raison » à « je pense ». La preuve tient en deux essais. On ne peut pas dire « que tu as raison » tout seul, et on ne peut pas inverser les deux morceaux comme on inverserait deux propositions coordonnées. Un mot de coordination relie ; un mot de subordination met sous.
Le défi
« Quand la nuit tomba, les pêcheurs rentrèrent et le port s'endormit. »
Combien de propositions, et quels liens les relient ?
Trois verbes conjugués — « tomba », « rentrèrent », « s'endormit » — donc trois propositions. Et deux liens différents dans la même phrase : « Quand » subordonne la première aux autres, « et » coordonne les deux dernières entre elles. Une phrase complexe peut mélanger les trois façons de relier.
Pièges à éviter
- Compter les virgules au lieu des verbes conjugués : « Le pêcheur, fatigué, rentra chez lui » a deux virgules et UNE seule proposition.
- Croire que tout petit mot relie deux propositions à égalité : « et », « mais », « ou », « donc », « car » coordonnent ; « quand », « parce que », « si », « que » subordonnent — et ces derniers rendent une proposition dépendante.
- Oublier qu'une subordonnée peut être au MILIEU de la principale : dans « Les enfants qui jouent rentrent tard », la principale est coupée en deux.
- Prendre un verbe à l'infinitif pour une proposition : seul un verbe CONJUGUÉ en ouvre une. « Il aime lire » n'a qu'une proposition.
À retenir
- Une proposition s'organise autour d'un verbe conjugué : autant de verbes conjugués, autant de propositions.
- Trois façons de les relier : la virgule (juxtaposition), un mot de coordination, un mot de subordination.
- La coordination met les deux propositions à égalité ; la subordination en soumet une à l'autre.
Je m'entraîne
1. « Léa range sa chambre, puis elle sort. » Combien de verbes conjugués ?
Voir la correction
Deux : « range » et « sort ». La phrase compte donc deux propositions, reliées par le mot de coordination « puis ».
2. « Le vent souffle, la pluie tombe, la mer monte. » Comment les propositions sont-elles reliées ?
Voir la correction
Elles sont juxtaposées : seules des virgules les séparent, sans aucun mot de liaison. Il y en a trois, une par verbe conjugué.
3. « Nous sortirons quand la pluie s'arrêtera. » Les propositions sont reliées comment ?
Voir la correction
Par subordination : « quand » rend la seconde dépendante de la première. Dite seule, « quand la pluie s'arrêtera » reste en suspens.
4. Quelle est la différence entre une conjonction de coordination et une conjonction de subordination ?
Voir la correction
La conjonction de coordination (et, mais, ou, donc, or, ni, car) relie deux propositions à égalité : chacune pourrait vivre seule. La conjonction de subordination (quand, parce que, si, que) en soumet une à l'autre : la subordonnée ne tient pas debout toute seule.
5. Défi : « Quand la nuit tomba, les pêcheurs rentrèrent et le port s'endormit. » Combien de propositions ?
Voir la correction
Trois, une par verbe conjugué. « Quand » subordonne la première ; « et » coordonne les deux dernières. Une même phrase peut mélanger les liens.
📚 Révise cette fiche en flashcards
Connecte-toi pour retourner cette fiche en cartes de rappel actif — et garder ta progression.
Se connecter