Les reprises et la chaîne anaphorique (2026-2027) — cours de français 5e
« Le marchand rencontra un voyageur. Celui-ci portait un sac trop lourd. » Qui porte le sac ? Le voyageur — et pas le marchand, même s'il est nommé le premier. Toute la difficulté du texte est là, dans un mot de deux syllabes.
À quoi ça sert : les reprises et la chaîne anaphorique (2026-2027)
C'est la compétence qui décide de tout le reste en lecture. Dans un énoncé de mathématiques — « Un commerçant achète 12 caisses. Il en revend la moitié » —, si « en » ne renvoie pas aux caisses, le problème est perdu avant d'être commencé. Même chose dans un article, un règlement, une notice : celui qui perd le fil d'un « celui-ci » ne comprend plus qui fait quoi. Et c'est mesuré : sur les six items de chaîne anaphorique de l'évaluation nationale de 5e, un collège de l'île obtient 19 %, 24 % et 43 % de réussite — le point le plus bas de toutes les matières.
Un peu d'histoire : les reprises et la chaîne anaphorique (2026-2027)
« Anaphore » vient du grec anaphora, « action de porter en arrière ». Le mot dit exactement le geste : le pronom porte le lecteur en arrière, vers ce qui a déjà été nommé. Les grammairiens grecs l'employaient déjà il y a deux mille ans, et les rhéteurs lui ont donné un second sens — la répétition d'un mot en tête de plusieurs phrases, comme dans « Rien de ce qui est humain… Rien de ce qui est juste… ». Deux emplois, une même idée : quelque chose revient de l'arrière.
Définition : les reprises et la chaîne anaphorique (2026-2027)
Dans un texte, on ne répète pas le même mot à chaque phrase : on le REPREND autrement. Tantôt par un pronom — « il », « celui-ci », « en » —, tantôt par un autre nom — « un margouillat » devient « le petit lézard », « un vieux camion » devient « le véhicule ». Toutes ces désignations d'un même être forment une chaîne, et chaque maillon renvoie au précédent. Comprendre un texte, c'est tenir cette chaîne : un pronom dont on ne sait plus de qui il parle, et la phrase entière devient fausse.
Propriétés : les reprises et la chaîne anaphorique (2026-2027)
Un pronom ne dit rien tout seul
Il n'a de sens que par ce qu'il reprend. Retire la phrase d'avant, et « Ils étaient déchirés » ne veut plus rien dire.
Le plus proche, pas le premier venu
« Celui-ci » désigne le dernier nommé. Quand deux noms sont possibles, c'est le sens qui tranche, pas l'ordre.
La reprise change de mot
Un nom peut être repris par un autre, plus général : margouillat → lézard, camion → véhicule. C'est le même être.
Le démonstratif annonce une reprise
« ce », « cet », « cette » ne se mettent jamais devant un nom qu'on découvre : ils disent « on en a déjà parlé ».
Deux chaînes peuvent courir ensemble
Dans une même phrase, un pronom suit une personne et un autre suit un objet. On tient les deux fils à la fois.
La formule : les reprises et la chaîne anaphorique (2026-2027)
Le test qui vérifie qu'on a trouvé la bonne reprise.
je remplace le pronom par le nom, et je relis
« Celui-ci portait un sac » → « Le voyageur portait un sac » : la phrase tient. → « Le marchand portait un sac » : elle tient aussi, mais elle ne dit plus la même chose que le texte. Quand les deux passent, c'est le SENS de la suite qui départage — un sac trop lourd, c'est celui qui marche depuis longtemps.
Méthode : les reprises et la chaîne anaphorique (2026-2027)
1. Je repère le pronom et je remonte
Je cherche le dernier groupe nominal qui pourrait convenir, en remontant phrase par phrase — jamais en devinant.
2. Je vérifie le genre, le nombre et le sens
Le nombre élimine parfois d'un coup : « celle-ci » ne peut pas reprendre « Sarah et Maëva ». Sinon, c'est le sens.
3. Je remplace et je relis
Je mets le nom à la place du pronom. Si la phrase reste vraie dans le texte, la reprise est la bonne.
Selon ce que l'on cherche : les reprises et la chaîne anaphorique (2026-2027)
Éviter la répétition
Redire « le camion » à chaque phrase alourdit. « Le véhicule » dit la même chose, autrement.
Ajouter une information
La reprise en profite pour préciser : « Madame Lucie » devient « la vieille dame », et l'on apprend son âge.
Signaler qu'on continue
Le démonstratif « ce parfum » dit au lecteur qu'on parle encore de la même chose.
Exemples corrigés : les reprises et la chaîne anaphorique (2026-2027)
Le premier ou le plus proche ?
« Le marchand rencontra un voyageur sur la route de Cilaos. Celui-ci portait un sac trop lourd pour lui. »
Que reprend « Celui-ci » ?
Le voyageur. « Celui-ci » désigne le plus proche des deux, celui qui vient d'être nommé. Le test le confirme : « Le voyageur portait un sac trop lourd » — et la suite du texte va dans le même sens, puisque c'est lui qui marche depuis longtemps. L'erreur ordinaire est de renvoyer au premier nom de la phrase, le marchand : la place dans le texte compte, et elle compte à l'envers de ce qu'on croit.
Quand le genre ne suffit pas
« Les pêcheurs remontèrent les filets. Ils étaient déchirés en trois endroits. »
Qui est « Ils » ?
Les filets. Les deux groupes sont au masculin pluriel : la grammaire ne tranche pas du tout ici. C'est le sens qui décide — des filets se déchirent, des pêcheurs non. C'est le cas le plus difficile, et le plus fréquent : quand le genre et le nombre ne départagent pas, il faut se demander de quoi la phrase peut être vraie.
Le mot a changé, pas l'animal
« Un margouillat s'était glissé sous l'armoire. Le petit lézard ne bougeait plus. »
« Le petit lézard » est-il un second animal ?
Non : c'est le même. Un margouillat EST un lézard, et rien dans le texte n'introduit une deuxième bête. C'est une reprise nominale — le nom change, l'être désigné non. On la reconnaît à deux indices : le déterminant passe de « un » à « le » (on ne découvre plus, on désigne), et le second mot est plus général que le premier.
Deux fils dans la même phrase
« Mon grand-père gardait une vieille montre. Il n'en voulait pas se séparer. »
Qui est « il », et que désigne « en » ?
« Il » est le grand-père, « en » est la montre. Deux chaînes courent en parallèle, et il faut les tenir toutes les deux. Le sens tranche sans hésitation : seul un être humain peut vouloir quelque chose, et ce dont on ne se sépare pas est l'objet. C'est exactement le cas où la réussite s'effondre à l'évaluation : l'élève suit un fil et perd l'autre.
Compter les maillons
« Le facteur a déposé un colis devant la porte. Le paquet est resté là toute la journée. Personne ne l'a vu. »
Combien de mots différents désignent le colis ?
Trois : « un colis » qui l'introduit, « le paquet » qui le reprend par un autre nom, et « l' » qui le reprend par un pronom. Une chaîne se compte comme cela — le mot qui présente, les reprises nominales, les pronoms. Compter les maillons est la meilleure façon de vérifier qu'on n'en a pas perdu un en route.
Le défi
« Le boulanger prépare le pain dès quatre heures. Cet artisan travaille pendant que le quartier dort. Ses clients ne le voient jamais à l'œuvre. »
Quelle expression ne désigne PAS le boulanger ?
« Ses clients ». Tout le reste est lui : « cet artisan » le reprend par un autre nom — et le démonstratif « cet » le signale —, « ses » est son possessif, « le » dans « ne le voient » est encore lui. « Ses clients » sont d'autres personnes, introduites par ce possessif justement parce qu'elles se définissent par rapport à lui. Repérer l'intrus dans une chaîne, c'est le geste que l'évaluation demande, et c'est celui qui se rate.
Pièges à éviter : les reprises et la chaîne anaphorique (2026-2027)
- Renvoyer le pronom au premier nom de la phrase d'avant. Dans « Le marchand rencontra un voyageur. Celui-ci portait un sac », « celui-ci » désigne le PLUS PROCHE : le voyageur.
- Croire que le genre suffit à trancher. Dans « Les pêcheurs remontèrent les filets. Ils étaient déchirés », les deux groupes sont au masculin pluriel — c'est le sens qui décide, pas la grammaire.
- Ne pas voir une reprise parce que le mot a changé. « Un margouillat » puis « le petit lézard », « un vieux camion » puis « le véhicule » : c'est le même être, nommé autrement.
- Perdre une chaîne quand deux courent ensemble. Dans « Mon grand-père gardait une montre. Il n'en voulait pas », « il » est l'homme et « en » est la montre : deux fils, pas un.
À retenir : les reprises et la chaîne anaphorique (2026-2027)
- Un pronom ne veut rien dire tout seul : il faut remonter le texte pour savoir ce qu'il reprend.
- Une reprise peut changer complètement de mot — un margouillat devient « le petit lézard ». Un déterminant démonstratif (« ce », « cette ») signale toujours qu'on reprend.
- Quand deux êtres sont en jeu, on suit les deux chaînes en même temps, et on vérifie le sens à chaque maillon.
Exercices corrigés : les reprises et la chaîne anaphorique (2026-2027)
1. « Maëva tendit la lettre à sa grand-mère. Elle l'avait écrite la veille. » Qui est « Elle » ?
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Maëva. La suite de la phrase le prouve : c'est elle qui avait écrit la lettre, la veille, sans rien dire à personne. Les deux personnages sont féminins, donc le genre ne tranche pas — c'est encore le sens qui décide.
2. « Le Piton de la Fournaise est entré en éruption. Le volcan a rejeté de la lave. » Deux volcans ?
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Non, un seul. « Le volcan » reprend « le Piton de la Fournaise » par le nom commun qui dit ce qu'il est. C'est une reprise nominale très ordinaire : on présente par le nom propre, on reprend par le nom commun.
3. « Une odeur de vanille montait de la cuisine. Ce parfum réveilla toute la maison. » Que désigne « Ce parfum » ?
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L'odeur de vanille. Le déterminant démonstratif « ce » suffit à le dire : il ne s'emploie que sur ce dont on vient de parler. Si l'auteur découvrait un parfum nouveau, il écrirait « un parfum ».
4. « Sarah et Maëva ont monté la tente. Celle-ci s'est effondrée pendant la nuit. » Que reprend « Celle-ci » ?
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La tente. « Celle-ci » est au singulier : il ne peut pas reprendre « Sarah et Maëva », qui sont deux. C'est le seul cas où le nombre suffit à trancher — profites-en, il est rare.
5. Défi : « Les pompiers sont arrivés les premiers. Ces hommes travaillaient depuis douze heures. Ils ont tenu jusqu'au matin. » « Ces hommes » et « Ils » désignent-ils la même chose ?
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Oui, les pompiers dans les deux cas. Rien dans le passage n'introduit un nouveau groupe : tant qu'aucun nom nouveau n'apparaît, la chaîne continue. C'est la règle qui permet de suivre un texte long sans se perdre.
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